Cet épisode se propose de vous présenter les dispositifs de Clisthène destinés à réussir l’intégration des nouveaux élèves de sixième.
Le premier jour, mettre en confiance
Le premier jour, un petit-déjeuner est offert aux sixièmes, accompagnés de leurs parents. La présentation de l’équipe est ainsi menée sous forme d’échanges informels. C’est autour d’un jus d’orange que nous répondons aux questions. Le ton est donné aux parents : le collège sera aussi un lieu de convivialité.
Ensuite, les élèves sont accueillis par leur coordinateur de cycle, équivalent du professeur principal dans une structure classique. Pour la deuxième année consécutive, c’est Cathy Pouget qui est en charge de ce niveau. Le choix de l’équipe s’est porté sur elle car elle a un rôle très cadrant et que son discours passe bien auprès d’élèves de cet âge. Elle accueille donc les nouveaux, leur présente les particularités de l’emploi du temps, les différents dispositifs de Clisthène. L’organisation du cartable est abordée sous forme de jeu : le jeu du cartable. Un élève est invité à se mettre en situation : toutes les fournitures sont posées sur le bureau et à l’aide de son emploi du temps, il doit remplir son cartable en fonction du jour qui lui est donné. Ce jeu peut aussi prendre la forme d’un jeu de rapidité si l’on ne craint pas un peu d’agitation. Cette organisation est très importante car les élèves de Clisthène ont une aide au travail deux fois par semaine, ce qui leur demande de prévoir aussi le matériel nécessaire pour faire leurs devoirs du lendemain.
Après cette demi-journée de présentation où les informations ont fusé, direction le parc Rivière qui se situe à quelques mètres du collège, cadre beaucoup plus sympathique que nos locaux vétustes pour pique-niquer en compagnie de nos nouveaux élèves.
Le contact s’est fait auprès de l’équipe adulte. Il nous reste à présenter les sixièmes aux plus anciens. Pour cela nous organisons des jeux d’intégration. Ce temps n’est pas seulement récréatif et nous pensons sans démagogie qu’il est nécessaire au bon accueil de tous les élèves. Outre le Parc Rivière cité plus haut, nous investissons le boulodrome auprès des Anciens du quartier, ainsi que le terrain de foot pour des jeux plus physiques. Nous avons aussi la chance de disposer d’un centre d’animation de quartier très au point en matière de jeux de société. C’est donc autour de jeux de patience, de réflexion, d’adresse, de rapidité, nécessitant écoute et solidarité que les élèves se retrouvent par groupes hétérogènes en âge.
Un épisode est révélateur du bien fondé de ces jeux d’intégration. Plantons le décor : une tour est érigée à l’aide de petites briques en bois. Il s’agit d’enlever les briques du bas pour les poser en haut de la tour, sans faire s’écrouler l’ensemble… Diahomba, « petit bout » de sixième, est associée à Alexandre, un grand de troisième, pour jouer contre Léa (quatrième) et Sakina (cinquième). Une rumeur se répand : la partie semble très accrochée. En effet, elle dure plus d’une demi-heure, avec encouragements et applaudissements à chaque brique déposée avec mille précautions. Et Diahomba, dans l’affaire ? Elle est impressionnante de sérieux et d’habileté, et reçoit des encouragements en proportion. Depuis, Diahomba est parfaitement intégrée au collège, elle est même populaire chez les troisièmes.
Nous reprenons peu ou prou ces dispositifs depuis plusieurs années. Ils ne nous satisfont pas entièrement : nous souhaiterions susciter une présence plus importante des parents, et mieux formaliser l’accueil des sixièmes par les plus grands. Ce sera l’un de nos chantiers pour la fin de l’année.
Des dispositifs dans la classe
À Clisthène, chaque niveau a sa salle de classe. Cela donne des repères clairs et évite les déplacements. Les sixièmes ont la possibilité de laisser le matériel trop encombrant dans leurs bureaux munis de casiers.
L’entrée en cours est ritualisée par l’attribution à chacun d’un rôle pédagogique journalier. Un élève place le nom de ses camarades au hasard sur le tableau des rôles. C’est un dispositif qui remporte un franc succès auprès des élèves de cet âge. Même les élèves les plus distraits sont soucieux de remplir leur rôle : gare au professeur qui aurait oublié de les attribuer ! Ainsi, tour à tour chacun peut se retrouver distributeur des copies et documents, distributeur de la parole, mémoire du cours précédent, synthèse du cours, documentaliste, lecteur, gardien du temps, effaceur du tableau, testeur des connaissances…
Un moment privilégié de l’accompagnement des sixièmes est la remédiation inscrite une fois par semaine à leur emploi du temps. Elle dure 1 h 30, est assurée par la coordinatrice de cycle ainsi que la professeure documentaliste. C’est une remédiation faite en classe entière, c’est pourquoi elle est toujours différenciée. Au début de l’année, ce temps est consacré à la vérification des agendas, à la tenue des cahiers, aux méthodes de travail, à la manipulation des outils pédagogiques. Elle est organisée ensuite sur la base des évaluations nationales et met l’accent sur la maîtrise de la langue et les mathématiques.
Rituels et cadrage en groupe de tutorat
Le groupe de tutorat est constitué de 12 élèves, venant des quatre classes (de la sixième à la troisième). Ce groupe est volontairement hétérogène à tous niveaux : sexes, compétences, comportements… Un tuteur adulte, membre de l’équipe pédagogique (professeur, CPE, principal…), suit ces élèves pendant toute l’année trois fois par semaine lors de l’aide au travail –lundi et jeudi soir- et du temps de bilan du vendredi matin.
En début d’année, nous prêtons une attention particulière aux rituels de début d’aide au travail. Dès l’entrée dans la salle du groupe de tutorat, les élèves reçoivent leur Journal de bord. Ils indiquent dans celui-ci leur plan de travail pour la séance en cours et le matériel dont ils auront besoin lors de la prochaine séance. Ils décrivent aussi en quelques mots leur journée pour préparer leur temps de bilan du vendredi. Ensuite, ils révisent individuellement leurs leçons du jour.
Pendant ce temps, le tuteur vérifie le porte vues qui est notre lien avec les familles et un moyen de suivi des élèves. Il comporte notamment la fiche du travail et du matériel, dans laquelle chaque adulte indique s’il a eu un problème de matériel oublié ou de devoir non fait. Fort de ces renseignements, le tuteur peut intervenir rapidement si nécessaire. Prenons Khadiatou, du groupe de tutorat de Vincent Guédé. Elle a oublié la plupart de son matériel pendant les deux premières semaines. « Rapidement, j’ai vu cette difficulté. » raconte-t-il. « J’ai amorcé une discussion avec elle. Mais les soucis ont continué plusieurs jours. J’ai donc téléphoné à ses parents pour leur fixer un rendez-vous pendant lequel nous ferions un point sur la constitution et l’organisation du cartable. ». Nous essayons en effet d’associer les parents le plus tôt possible en cas de difficultés de leur enfant. C’est une méthode assez efficace habituellement, mais pas cette fois-ci : « Il y a eu un problème : les parents ne sont pas venus à l’entretien. » Mais heureusement, que cet appel en soit la cause ou non, Khadiatou a maintenant son matériel –la fiche de suivi en fait foi.
Autre vérification systématique en début d’aide au travail : la tenue des cahiers et des classeurs, comme en remédiation. Nous faisons coller les documents, vérifier le contenu et la propreté des leçons. Il s’agit encore une fois de donner de bonnes habitudes aux élèves dès le début de l’année.
Développer la co-formation
Enfin, le tuteur suit particulièrement les devoirs des élèves de sixième. Mais il n’est pas possible de suivre en 1h10 les douze élèves différents du groupe de tutorat. Nous utilisons donc systématiquement la co-formation. Il s’agit d’apparier deux élèves, le plus souvent de classes différentes, pour travailler ensemble. Reprenons Khadiatou, qui connaît notamment beaucoup de difficultés en français. « J’ai demandé à Coline, élève de troisième, de prendre en charge régulièrement Khadiatou » précise Vincent Guédé. « Celle-ci profite pleinement de cette co-formation. Un bon indice : le travail fait avec Coline est toujours de bonne qualité. » Et Coline, dans tout cela ? Perd-elle du temps ? « Je ne le crois pas. Elle développe ses compétences de solidarité et de co-formation, fondamentales à Clisthène. Elle approfondit aussi sa capacité à expliquer, à argumenter. Et comme elle est élève de troisième, elle doit être autonome dans son travail donc notamment pouvoir travailler à la maison. »
Comme souvent à Clisthène, les dispositifs se conçoivent de façon systémique : c’est leur combinaison et leur accumulation qui les rend efficaces. D’après notre expérience, un élève de sixième met seulement quinze jours à trois semaines pour s’intégrer dans notre collège. Ce résultat nous satisfait particulièrement quand on connaît l’importance de cette intégration pour la suite des études.
Anne Hiribarren, Vincent Guédé (septembre 2007)
Chronique parue dans le numéro 457 des Cahiers pédagogiques de novembre 2007


