Le temps de bilan est un temps fort de la semaine où les élèves se retrouvent en Groupe de Tutorat pour échanger sur ce qui s’est passé au cours de la semaine (tour de table), dispenser des informations concernant la vie du collège, réfléchir et argumenter autour d’un thème de débat.

Extrait du rapport d’étape 2005 : Pourquoi un temps de bilan ?

Donner la parole aux élèves
Quelques rappels : Dès 1986, se pose la question de l’heure de vie de classe ; ce sont les prémisses et l’on parle d’heure de vie scolaire qui se réalise d’une manière officieuse sur la base du volontariat et/ou du bénévolat. En 1999, suite au rapport sur le collège de l’an 2000 et la consultation sur la vie lycéenne, deux notes au B.O. préconisent l’inscription d’une heure de vie de classe dans l’emploi du temps des élèves, au collège comme au lycée. L’intention est claire :  donner la parole aux élèves et favoriser le dialogue avec les enseignants et les membres de l’équipe éducative. L’objectif est d’offrir aux établissements un outil de médiation pour réguler la vie de la classe, désamorcer les conflits et ouvrir l’école sur les préoccupations adolescentes. On sait aujourd’hui combien l’absence de communication entre élèves et adultes, l’absence de parole sur le sens de l’école et l’absence de prise des élèves sur leur vécu scolaire peuvent faire violence. Au collège, les objectifs de l’heure de vie de classe sont définis :

« – Aborder des questions qui ne peuvent trouver leur place dans les cours ou des problèmes d’actualité, de société, de citoyenneté, de vie au collège ;
– Prévenir les problèmes de comportement ;
– Éduquer au respect des autres, à la maîtrise de l’écoute des autres, apprendre à articuler les arguments ;
– Dialoguer sur le règlement intérieur et élaborer une charte des droits et devoirs au collège et/ou dans la classe. »

François DUBET témoigne :

« Consacrer une heure pour que les élèves apprennent à s’exprimer, que s’établissent d’autres relations entre professeurs et élèves, que les élèves ne soient plus seulement considérés à travers leurs performances et les professeurs à travers leurs cours, est important [….]. Apprendre aux élèves à s’exprimer sur les problèmes qu’ils rencontrent, comme à Clisthène, me semble, pour ma part, faire partie intégrante du métier d’enseignant. On a effectivement entendu que c’était là sortir de leur rôle traditionnel, qu’ils n’étaient pas des psychologues, que ce n’était pas dans notre culture. Or, si l’on franchit les frontières de notre pays, dans la plupart des pays anglo-saxons, en Allemagne, dans les pays scandinaves, la mission éducative des enseignants devient d’une grande banalité […].

Quel que soit le nom qu’on lui donne, qu’il existe un moment régulier dans l’année où les élèves et les enseignants parlent de leur vie commune à l’école, des problèmes rencontrés, m’apparaît indispensable. Cela relève de l’apprentissage de la démocratie. »

A Clisthène, qu’est-ce qu’un temps de bilan ?

Les élèves se réunissent par groupe de tutorat de 12 élèves tout niveaux confondus (trois 3ème, trois 4ème, trois 5ème, trois 6ème) et avec leur tuteur.Le temps de bilan est une instance de concertation et de décision qui se réunit suivant une procédure précise, ritualisé et rigoureusement la même pour tous les élèves de l’établissement au même moment.

C’est sa régularité, la rigueur de son organisation qui lui donnent toute sa consistance, sa réalité à ce moment clé.

Il se déroule tous les vendredi entre 11h20 et 12h30 pour tous les élèves de Clisthène et leur tuteur (8 groupes de 12-13 élèves

Un temps de bilan : pour quoi faire ?

  • Apprendre à mieux vivre ensemble pour  mieux apprendre ensemble : une meilleure ambiance dans la classe et le groupe de tutorat, un retour fructueux sur leur propre pratique, des élèves davantage concernés par les apprentissages ;
  • Effectuer :

–       Un apprentissage de la citoyenneté : exprimer ses idées, les confronter, de façon régulée,…

–       Un apprentissage de la démocratie : chercher à dégager, de façon négociée, avis et propositions,…

–       Un apprentissage de la vie ensemble : réfléchir avec d’autres, à soi, son attitude, son avenir,…

Le temps de bilan doit être un lieu charnière où l’individu se confronte au groupe, où les élèves nouent des relations différentes avec les personnels adultes, où se croisent éducation et instruction :

–   Créer un espace d’écoute, de parole et de débat ;

– Susciter la coopération et la solidarité entre les élèves ;

–  Responsabiliser les élèves dans leurs comportements (rapport à soi, rapport à l’autre) et leurs apprentissages ;

–       Initier les élèves au débat démocratique.

Parmi les objectifs assignés à ce temps de bilan, deux regardent particulièrement l’apprentissage de l’oral

  • l’éducation des élèves à la prise de parole,
  • aborder des questions qui ne peuvent pas toujours trouver place dans les cours (problèmes de vie scolaire, de citoyenneté, de société…).

C’est bien entendu dans le débat que de tels objectifs convergent naturellement. S’y révèle en effet le besoin de compétences spécifiques, propres à ce type de situation, et qui caractérisent au bout du compte la maîtrise du discours oral : écoute attentive de l’autre, prise de parole intelligible, maîtrise des principaux registres de langue, interventions et échanges conduits par un responsable de séance, capacité à structurer un discours argumenté…

Le temps de bilan a donc une dimension pédagogique déterminante du point de vue de l’apprentissage de l’oral. Elle crée les circonstances concrètes d’une mise en oeuvre « grandeur nature » de la parole.

 

Principes de fonctionnement

Le temps de bilan se déroule dans la salle du groupe de tutorat : Tout d’abord, le principe de régularité des réunions

  • Les élèves sont disposés de manière à faciliter la communication  Ils doivent tous se voir et être proches les uns des autres.

« Toutes ces dispositions ont une valeur symbolique essentielle : mettre en place un cadre où élèves et professeurs sont des sujets égaux en parole.»

  • Des rôles sont assurés par des élèves nommés à tour de rôle :

–   un lecteur,

–   un  régulateur qui distribue la parole,

–   un secrétaire prend en note les avis proposés, les résolutions adoptées,

–   un gardien du temps,

–   un délégué du Groupe de Tutorat  qui porte la parole du groupe.

 

L’ordre du jour ritualisé est composé par l’équipe de direction, en tenant compte de l’actualité de la structure et des propositions des autres membres de l’équipe. Un document est alors rédigé avant chaque réunion et distribué aux tuteurs. Il comprend :

1- BILAN DE LA SEMAINE POUR TOUS LES ELEVES

2- INFORMATIONS A DONNER

3- THEME DE DEBAT / DE DISCUSSION

Les groupes de tutorat émettent des propositions et prennent des décisions relevées par un secrétaire.

Le régulateur suit l’ordre du jour et veille à faire respecter les principes de la démocratie : distribution équitable de la parole, animation des débats, relevé des propositions et organisation éventuelle de votes pour les prises de décision).

 

L’animateur adulte :

–      Sait écouter ce que tous les élèves ont à dire, sans forcément le commenter ou y répondre. Il est important à ce propos de veiller à n’exclure personne ;est garant des règles et de l’autorité. Il ne doit pas laisser dire n’importe quoi, être clair sur les attentes. Il facilite l’écoute et le respect des règles de communication ;

–      Sait s’effacer pour atténuer son rôle de tuteur, et donner ainsi aux élèves l’occasion de s’exprimer le plus librement possible. Il cherche il être le plus possible non directif, il accorde sa confiance aux élèves et encourage leurs progrès et leur réussite ;

–       Guide les échanges, aide à reformuler le questionnement ou les critiques des élèves. Il aide à la clarification des échanges et l’explicitation des sentiments ;

–      Il encourage les élèves à faire la part entre les comportements graves qui méritent d’être dénoncés et les petits conflits que les élèves peuvent résoudre entre eux.

L’animateur joue le rôle de médiateur en faisant en sorte que les préconisations, les avis émergent d’une prise de décision collective. Lorsque les élèves « piétinent», il suggère des orientations, les incite à être constructifs et souligne les dysfonctionnements du conseil. Par ailleurs, l’animateur :

–      Connaît sa marge de manœuvre  : il doit savoir que l’on ne peut apporter de résolution à toutes les questions soulevées par les élèves. L’essentiel est qu’ils aient été entendus ;

–       Ne sort pas de ses attributions : il ne doit pas « jouer au psy »

–      A conscience de son rôle qui est de former les élèves à : la démocratie et au débat, l’authenticité ou l’art d’être soi-même avec l’autre, de ne laisser la place il aucune zone d’ombre, et d’être dans le vrai et non dans les faux-semblants.

Il doit s’articuler autour de trois axes et lui permettre de garantir :Ce travail de prise de recul constant qui consiste à solliciter l’activité métacognitive de l’élève est un défi permanent qui doit partir du postulat rogérien selon lequel «le seul apprentissage qui influence réellement le comportement d’un individu est celui qu’il découvre lui-même et qu’il s’approprie ».

–       Le respect  : écouter celui qui parle, ne pas juger, ne pas se moquer, utiliser un langage correct, ne pas monopoliser la parole, ne parler qu’en son nom, rapporter des faits, …. Élèves comme professeurs peuvent s’inscrire pour demander la parole. On peut aussi demander que chaque orateur se lève pour parler ;

–       La liberté : parler n’est pas une obligation. Même si tout le monde doit pouvoir le faire. À l’animateur de veiller à ce que les élèves timides parviennent à s’exprimer ;

–       La modération (ou discrétion) : les élèves doivent se garder de dénoncer un comportement, une attitude, une parole, un geste, de leurs camarades comme de leurs professeurs. Cette règle est aussi à respecter de la part des professeurs envers les élèves et les collègues de travail.