Graines d’enquêteurs

Des élèves du collège Clisthène se sont mis dans la peau d’enquêteurs aux côtés de vrais policiers.

Soizic, Sophia et Louise font une filature cours de l’Intendance, en plein cœur de Bordeaux. Le suspect n’est pas loin, elles doivent être discrètes. À l’autre bout de l’artère, Victor, Melchior et Mohamed sont en attente d’instructions. L’homme bifurque rue de Rua et entre dans un magasin de jouets, puis il se rend dans un cabinet d’avocat. « On lâche tout, retour au central. » Les enquêteurs en ont assez vu pour aujourd’hui. Soizic, Sophia et Louise sont en classe de 6e au collège Clisthène, à Bordeaux. Leurs trois copains sont en 4e et tous sont fébriles car il leur faut comprendre comment Elias Guitterez-Jones, un enseignant, a disparu.

Depuis lundi et jusqu’à ce matin, 75 élèves participent à une semaine interdisciplinaire sur le thème du polar mise sur pied en étroite collaboration avec les policiers de la Direction départementale de la Sécurité publique.

« Loin de se démentir, le genre du roman policier, univers fascinant et déclinable à l’infini, a toujours rencontré un succès depuis qu’il existe, voilà deux siècles maintenant, confie Laurent Séré, policier, fin limier de la brigade financière à la sûreté. Avec Pierre-Jean Marty, directeur du collège Clisthène, il est à l’origine de ce partenariat. L’école, au plus près de la réalité du terrain, est le crédo de cet établissement scolaire expérimental fondé en 2002, au pied des tours du Grand Parc.

Élucider le mystère

Au contact de Laurent Séré et de Philippe Wagner, experts en recherches de traces et indices au sein de l’unité d’enquête criminalistique, les élèves découvrent les rouages d’une affaire. Elias Guitterez-Jones est un personnage de fiction qui donne beaucoup de fil à retordre aux enquêteurs en herbe. A-t-il été enlevé ? Si oui, par qui et pourquoi ? Autant de questions auxquelles les collégiens vont devoir répondre pour présenter le fruit de leur travail cet après-midi devant un jury, comme s’ils rendaient compte de leurs investigations devant un procureur ou un commissaire. « Il doit y avoir une partie du travail rédigé à la façon d’un polar, ce n’est pas un travail facile », convient Laurent Séré. En cinq jours, autant de trames ont été étudiées lors d’ateliers animés avec le concours des enseignants. « Nous leur avons proposé un éventail d’indices, nous répondons à leurs interrogations, les accompagnons au cours de l’enquête. Nous avons échafaudé des hypothèses, il a fallu faire des choix avec, pour objectif final, d’élucider le mystère. »

« C’est motivant »

Attention, pas question de « polluer » les lieux : les enquêteurs sont maintenant en perquisition dans un appartement et ils doivent procéder à une opération de police technique et scientifique. Vêtus d’une combinaison blanche, d’un masque et de surchaussures, ils vont tenter de relever des empreintes à l’aide d’une poudre métallique et d’un pinceau spécifique. « Il faut 12 points de comparaisons pour que l’empreinte soit exploitable », dit Mohamed. « Alors que c’est 8 aux États-Unis, le risque d’erreur est plus important », renchérit Soizic. « Ça les passionne », commente Philippe Wagner. « C’est ludique et informatif. »

Dans une salle du collège, Laurent Séré interroge Valérie, une connaissance du suspect. Elle est bibliothécaire à l’université et, manifestement, sait des choses. Les collégiens sont concentrés. La réponse à l’énigme est peut-être proche.

« Mener une enquête, ça a du sens et c’est motivant », reconnaît Pierre-Jean Marty. « Nous n’avions jamais fait jusqu’alors une semaine interdisciplinaire aussi poussée. Les élèves connaissent les séries policières à la télé, certains films sur grand écran, quelques polars de Conan Doyle mais là, ils sont en présence de policiers et sont concrètement chargés d’une affaire. »

L’engouement démontré tout au long de la semaine appelle, semble-t-il, une suite. Dans un autre collège ? « C’est notre souhait », dit Laurent Séré. À Clisthène, c’est sûr.